Souvenirs amérindiens - les sacs-médecine et le clan de l'ours
(english below)
En cette journée maussade de neige fondue, les baroudeurs décidèrent de passer l'après-midi au chalet. Jasmine les rejoignit après ses cours à l'université, ainsi qu'Ethan, invité par Yumi à passer la soirée avec eux (ce qui surprit les autres).
Alors qu'ils s'installaient pour prendre un verre, ils incitèrent tous Wash à s'asseoir sur le canapé avec Guylaine.
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Le jeune homme ne se laissa pas berner et s'exclama en riant :
"Ah, je comprends donc, je vais encore jouer les conférenciers !"
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"Oh oui, s'il te plait, chéri ; ça nous intéresse tous, et tu le sais. Pourrais-tu nous parler du petit sac que tu portes toujours autour de ton cou ?" suggère Guylaine.
Sur l'instant, Wash semble un peu contrarié.
"Tu sais que c'est un objet personnel pour tous ceux de mon peuple".
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Mais il se reprend rapidement, et il ajoute gentiment :
"Toutefois, comme vous êtes sans doute les meilleurs amis que j'ai eu parmi tous les blancs que j'ai connu depuis très longtemps, je vais vous expliquer de quoi il s'agit".
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Et il commence son explication :
"Je porte sur moi, comme beaucoup d'entre nous, et comme tous nos ancêtres, ce qu'on appelle un sac -médecine. Dans ma langue, on l'appelle mashkiki-biindaagan. Promis, je ne vous le ferai pas répéter !
C'est un sac avec un lien, fabriqué en matière naturelle, pour laisser les médecines "respirer" ; ça peut être de la peau, du cuir ou même du coton. Il en existe de toutes dimensions, mais pour nous, les citadins "modernes", il est généralement très petit, comme le mien.
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Le porter est un acte de protection et de connexion spirituelle. Chez nous, les Ojibwés, ce n'est pas un simple sac, mais un objet "vivant" qui porte votre énergie et vos intentions.
"Traditionnellement, on y place une petite quantité de chacune des quatre plantes sacrées : une pincée tabac pur, qui se dit "sema", pour faire une offrande quand on en a besoin ; une pincée de sauge blanche sèche, qui se dit "mashkodewashk", pour la brûler en fumigation si on ressent des énergies négatives ; un peu d'écorce de cèdre, qui se dit "giiznik", car elle nous protège quand on voyage, et finalement quelques brins de foin d'odeur, qui se dit "wiingashk", pour attirer le positif autour de soi.
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On y met aussi des objets qui ont une signification particulière pour nous, notamment quelques poils de fourrure de l'animal de notre clan.
Ça peut être un simple caillou qui nous a "interpelé" un jour à un endroit où on a ressenti une grande paix ou une connexion spirituelle, car il porte l'énergie de ce lieu.
Quelques grains de la terre de notre lieu de naissance ou celle où reposent nos ancêtres.
Une plume (trouvée au sol, jamais arrachée à un oiseau) pour la clarté de notre vision des choses.
Il pourrait aussi y avoir un morceau de nacre d'un coquillage, pour rappeler l'élément essentiel à la vie : l'eau.
Ou encore quelque chose offert par un aîné qu'on respecte, car l'avoir sur soi incitera à se comporter de manière à rendre fière cette personne".
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Wash prend une gorgée de bière et continue.
"Le choix des objets personnels pour un sac de médecine est une démarche intime qui reflète notre cheminement spirituel et notre appartenance à un clan"
"Tu fais partie d'un clan ?" demande Guylaine.
"Oui. Ma famille est du clan de l'Ours, qui se dit "makwa doodem". C'est un des clans originaux des Anishinaabe (le nom des Ojibwe, en ojibwe). Ce clan a toujours joué un rôle de gardiens, de protecteurs et de guérisseurs.
L'ours noir, qui se dit "makwa", symbolise la puissance tranquille et le courage nécessaire pour défendre les siens. Il est considéré comme un lien entre le monde spirituel et le monde physique, représentant la stabilité.
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Ceux du clan de l'Ours étaient chargés de la sécurité du village, patrouillant souvent à la périphérie pour éloigner les intrus ou les prédateurs. Ils incarnaient la force physique et la vigilance nécessaire à la survie du groupe.
En raison du temps passé dans la nature à surveiller les frontières du village, ils ont acquis au fil des siècles une connaissance approfondie des plantes médicinales, et il y a toujours eu beaucoup de guérisseurs dans ce clan. On dit qu'ils ont appris quelles plantes utiliser en observant ce que l'ours lui-même mangeait pour se soigner. Toutes les femmes de ma lignée étaient guérisseuses... sauf ma mère, mais c'est une autre histoire", ajoute-t-il d'un ton désabusé.
Cet instant d'émotion vite passé, il reprend rapidement :
"Traditionnellement, on attribue aux membres de ce clan un tempérament parfois vif ou solitaire, à l'image de l'ours. Mais aussi très affectueux, en raison du comportement de l'ourse avec ses petits ; d'ailleurs, le terme nooke, qui signifie tendre, est parfois employé pour désigner ceux du clan de l'ours, en référence à ses pattes puissantes, qui peuvent néanmoins se révéler très douces".
"Tiens, ces traits de caractère me rappellent quelqu'un !", lui murmure discrètement Guylaine.
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Là, les baroudeurs demandent à savoir quels sont les autres clans.
Wash rit et leur dit qu'il en a assez parlé pour ce soir, qu'il a soif et qu'il leur expliquera l'existence des autres clans une autre fois !
"Est-ce qu'on peu voir ton sac de médecine, ou bien est-ce que c'est interdit ?" demande Nabil.
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Levant la main vers son pull, Wash se met à rire :
"Je vois qu'il n'y a pas que Guylaine qui est curieuse !"
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Il extirpe un minuscule sac de peau de son col.
"Le voici".
"Et que contient-il ?" demande Guylaine.
"Je suis désolé, mais personne d'autre que moi ne peut le voir, ni même le savoir".
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À la surprise générale, Oona déclare qu'elle en a un presque identique.
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Tous les regards se tournent vers elle. Ses camarades sont stupéfaits de sa déclaration, elle qui refuse absolument "toutes les vieilleries de ses ancêtres", comme elle appelle le moindre rappel des traditions autochtones. On se rappellera qu'elle avait volontairement fui sa communauté Mohawk dès ses 16 ans pour s'engager dans l'armée canadienne.
Elle se met à rire.
"Ben quoi ?! Arrêtez de me regarder comme ça !"
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D'un ton faussement accusateur elle déclare :
"C'est de sa faute à lui ! Il me rappelle des choses que je voudrais avoir oubliées" ajoute-t-elle en regardant Wash.
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"Est-ce un mal ou un bien, à ton avis ?" demande Guylaine.
"Ce n'est pas une question à lui poser maintenant. Notre amie a besoin de temps pour y réfléchir avant de pouvoir te répondre", intervient Wash, sauvant la face d'Oona sans la mettre mal à l'aise.
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"Éé, ísi, ʌyórihóten, Rikén'a" répond Oona en mohawk, sachant pertinemment que Wash ne parle pas cette langue, totalement différente de la langue ojibwée (= mais oui, c'est ça, mon frère, je vais y penser !").
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Pour détendre l'atmosphère, Yumi demande si les autres clans ont aussi des noms d'animaux. Ce à quoi Wash répondit en riant que, comme il l'avait déjà dit plus tôt, il leur en parlerait une autre fois, car pour l'instant, il estimait en avoir assez dit et qu'il était temps pour lui de laisser les autres parler avant que sa bière ne devienne trop chaude !
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Pourquoi Wash et Oona ne peuvent pas se comprendre lorsqu'ils parlent la langue de leur peuple :
La langue ojibwée (l'anishinaabemowin) est une langue algonquienne, alors que la langue mohawk (le kanienʼkéha ) est une langue iroquoienne ; ce sont deux familles linguistiques totalement différentes (par exemple comme les langues romanes, issues du latin, versus les langues germaniques).
L'anishinaabemowin est une langue douce, contenant beaucoup de voyelles
Le kanienʼkéha est connu pour l'utilisation de l'arrêt glottal sur ses nombreuses consonnes gutturales
Bonne journée :-)
♥♥♥
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On this dreary day of slush, the adventurers decided to spend the afternoon at the cabin. Jasmine joined them after her university classes, as did Ethan, who had been invited by Yumi to spend the evening with them (which surprised the others).
As they settled down for a drink, they all encouraged Wash to sit on the sofa with Guylaine.
The young man wasn't fooled and exclaimed, laughing, "Ah, so I understand, I'm going to play the lecturer again!"
"Oh yes, please, darling; we're all interested, and you know it. Could you tell us about the little bag you always wear around your neck?" Guylaine suggested.
At that moment, Wash seemed a little annoyed.
"You know it's a personal item for everyone in my people."
But he quickly recovers, and adds kindly:
"However, since you are probably the best friends I've had among all the white people I've known in a very long time, I'll explain what this is all about."
And he begins his explanation:
"Like many of us, and like all our ancestors, I carry what's called a medicine bag. In my language, it's called mashkiki-biindaagan. I promise, I won't make you repeat it!
It's a drawstring bag, made of natural materials to allow the medicines to 'breathe'; it can be skin, leather, or even cotton. They come in all sizes, but for us 'modern' city dwellers, it's usually very small, like mine.
Wearing it is an act of protection and spiritual connection. For us Ojibwe, it's not just a bag, but a 'living' object that carries your energy and intentions.
"Traditionally, we place a small amount of each of the four sacred plants inside: a pinch of pure tobacco, called 'sema,' to make an offering when needed; A pinch of dried white sage, called "mashkodewashk," to burn in smudging if you feel negative energies; a little cedar bark, called "giiznik," because it protects us when we travel; and finally, a few sprigs of sweetgrass, called "wiingashk," to attract positivity.
We also add objects that have special meaning for us, such as a few hairs from the fur of our clan animal.
It could be a simple pebble that once "called out" to us in a place where we felt great peace or a spiritual connection, because it carries the energy of that place.
A few grains of earth from our birthplace or the burial site of our ancestors.
A feather (found on the ground, never plucked from a bird) for clarity of vision.
There could also be a piece of mother-of-pearl from a seashell, to remind us of the essential element of life: water.
Or perhaps something given by an elder we respect, because carrying it will encourage us to behave in a way that makes that person proud.”
Wash takes a sip of beer and continues. “Choosing personal items for a medicine bag is an intimate process that reflects our spiritual journey and our clan affiliation.”
“Are you part of a clan?” Guylaine asks. “Yes. My family is from the Bear Clan, which is called ‘makwa doodem.’ It’s one of the original Anishinaabe clans (the name for the Ojibwe in Ojibwe). This clan has always played the role of guardians, protectors, and healers.
The black bear, which is called ‘makwa,’ symbolizes quiet strength and the courage needed to defend one’s own.” It is considered a link between the spiritual and physical worlds, representing stability.
Those of the Bear Clan were responsible for the village's security, often patrolling the outskirts to keep intruders or predators away. They embodied the physical strength and vigilance necessary for the group's survival.
Because of the time spent in nature watching over the village's borders, they acquired, over the centuries, a deep knowledge of medicinal plants, and there have always been many healers in this clan. It is said that they learned which plants to use by observing what the bear itself ate to heal itself. All the women in my lineage were healers... except my mother, but that's another story," he adds, sounding world-weary.
This moment of emotion quickly passing, he continues rapidly:
"Traditionally, members of this clan are attributed a temperament that is sometimes fiery or solitary, like the bear. But also very affectionate, because of the mother bear's behavior with her cubs; in fact, the term "nooke," meaning tender, is sometimes used to refer to those in the bear clan, in reference to its powerful paws, which can nevertheless be very gentle."
"Hey, those character traits remind me of someone!" Guylaine whispers to her discreetly.
There, the adventurers ask about the other clans.
Wash laughs and tells them he's talked enough for tonight, that he's thirsty, and that he'll explain the existence of the other clans another time!
"Can we see your medicine bag, or is that forbidden?" asks Nabil.
Raising his hand toward his sweater, Wash laughs:
"I see Guylaine isn't the only one who's curious!"
He pulls a tiny leather pouch from his collar.
"Here it is."
"And what's in it?" asks Guylaine.
"I'm sorry, but no one but me can see it, or even know."
To everyone's surprise, Oona declares that she has one almost identical.
All eyes turn to her. Her friends are stunned by her statement, given her absolute rejection of "all the old things from her ancestors," as she calls any reminder of Indigenous traditions. It's worth remembering that she voluntarily left her Mohawk community at the age of 16 to join the Canadian army.
She starts laughing.
"What?! Stop looking at me like that!"
In a mock-accusatory tone, she declares:
"It's his fault! He reminds me of things I wish I'd forgotten," she adds, looking at Wash.
"Is it a good thing or a bad thing, in your opinion?" asks Guylaine.
"That's not a question to ask her right now. Our friend needs time to think about it before she can answer you," Wash interjects, saving Oona's face without making her uncomfortable.
"Éé, ísi, ʌyórihóten, Rikén'a," Oona replied in Mohawk, knowing full well that Wash didn't speak the language, which is completely different from Ojibwe (= but yes, that's it, my brother, I'll think about it!).
To lighten the mood, Yumi asked if the other clans also had animal names. Wash laughed and replied that, as he had already said earlier, he would tell them about it another time, because for now, he felt he had said enough and it was time for him to let the others speak before his beer got too hot!
Why Wash and Oona can't understand each other when they speak their people's language:
The Ojibwe language (Anishinaabemowin) is an Algonquian language, while the Mohawk language (Kanien'keha) is an Iroquoian language; they are two completely different language families (for example, like the Romance languages, which descended from Latin, versus the Germanic languages).
Anishinaabemowin is a soft language, containing many vowels.
Kanien'keha is known for its use of the glottal stop on guttural consonants.
Have a nice day :-)
♥♥♥
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