Les rêves d'Heidi - La lettre posthume
(english below)
Ce soir, l'ambiance était inhabituelle à l'association Mots et des Mailles. Pas de biscuits pour accompagner le café, pas de bavardages joyeux.
/image%2F1371214%2F20260403%2Fob_405ed1_img-3374-1.jpg)
Revenons quelques heures en arrière pour savoir pourquoi.
Ce matin, un livreur a sonné très tôt à la porte du petit appartement que partagent Heidi et Nina ; il apportait une enveloppe express de France.
Une minute plus tard, Heidi recevait un appel de la mère de Nabil.
C'était la première fois qu'elles se parlaient ; jusque-là, elles n'avaient communiqué que par courriel.
Elle lui expliqua qu'elle venait de recevoir l'avis de passage pour l'enveloppe qu'elle lui avait envoyée la veille par courrier express, et qu'avant qu'elle ne l'ouvre, elle avait quelque chose de très important à lui dire.
"Heidi, nous ne nous connaissons pas vraiment, mais j'ai pour toi beaucoup de sympathie et ta quête me tenait à cœur. Je ne t'ai rien dit de mes recherches depuis deux semaines, mais maintenant, il est temps que je te dise tout.
J'ai retrouvé la trace de ta mère. C'était bien la sœur de l'institutrice de Nabil quand il était petit. Mais ta mère est décédée d'une longue maladie voici six ans.
Toutefois, elle a toujours pensé à toi. Avant de mourir, elle a écrit une lettre qu'elle a remis à son mari, en lui avouant qu'elle avait eu une fille durant l'année d'études qu'elle avait passée au Canada, et que si, par miracle, il en avait un jour l'occasion, elle le suppliait de la lui remettre.
J'ai rencontré son mari en personne, il m'a expliqué qu'ils étaient quasiment fiancés depuis leur petite enfance, issus l'un et l'autre de deux familles amies très proches, et surtout très catholiques, qui avaient toujours souhaité les voir se marier ensemble pour renforcer les liens entre eux tous. Elle ne voulait pas décevoir ses parents, elle était très jeune, elle s'est sentie coincée en sachant que leur mariage était prévu pour le mois suivant son retour en France.
Mais son mari m'a dit qu'après son retour du Canada, elle avait complètement changé, qu'elle n'a plus jamais eu la même joie de vivre spontanée qu'avant. Il a compris pourquoi lorsqu'elle s'est confessée à lui.
Il faut aussi que tu saches qu'elle a tenté de faire des recherches pour te retrouver, mais que la loi du Québec interdisait qu'elle ait accès à ton dossier. Voilà, tu sais tout.
Son mari m'a confié cette lettre pour que je te la fasse parvenir. Il ne souhaite pas avoir de contact avec toi, mais il a voulu savoir si j'avais une photo de toi, comme tu m'en avais envoyée une, je la lui ai montrée, et il m'a dit que tu ressemblais énormément à ta mère. Tu vois, mon fils ne s'était pas trompé".
Heidi, le téléphone en main, ne savait pas quoi dire, la gorge serrée, les yeux plein de larmes qui ne voulaient pas couler. D'une voix étouffée, elle a chaudement remercié la mère de Nabil, en lui disant qu'elle lui était reconnaissante pour tout ce qu'elle avait fait pour elle, et qu'elle allait lui écrire un peu plus tard.
La brave femme a très bien compris le bouleversement de la jeune fille et ne s'est pas formalisée de cette brève réponse, se contentant de lui dire qu'elle espérait que cette lettre lui apporterait enfin la paix du cœur.
Après cela, Heidi commença sa journée comme d'habitude, réprimant délibérément l'émotion qui la submergeait. Elle n'expliqua même pas à Nina la raison de cette lettre express, livrée à l'aube. Mais son amie sentait que quelque chose n'allait pas, et que cela devait avoir un lien avec la recherche des parents biologiques d'Heidi.
Elles ont suivi leurs cours à l'université, puis ce fut l'heure de se rendre à l'association des Mots et des Lettres.
C'est là, à peine assise, qu'Heidi annonça la nouvelle, mentionnant l'appel téléphonique et la lettre posthume, expliquant qu'elle ne l'avait pas ouverte et ne savait pas si elle le ferait. Elle dit ressentir de la peur, voire de l'anxiété, à l'idée de ce qu'elle pourrait lire.
"Si j'étais toi, je la lirais. Tu touches enfin au but après toutes tes recherches", dit Jasmine.
/image%2F1371214%2F20260403%2Fob_b09a64_img-3375-1-2.jpg)
"Je crois aussi que tu devrais la lire, et découvrir enfin ce que tu as toujours voulu savoir" ajouta Guylaine.
Suzanne insista.
"Je pense que, si cette femme a regretté son geste toute sa vie, et t'a aimée toute ces années sans pouvoir te le faire savoir, elle mérite que tu lises cette bouteille qu'elle a jeté à la mer en espérant qu'elle te parviendrait un jour".
/image%2F1371214%2F20260403%2Fob_1870dc_img-3370-1-2.jpg)
Cet argument fait mouche.
"Vous avez raison Suzanne. Je vais la lire ce soir".
"En cas de besoin, je serai là pour toi, dans la chambre juste à côté de la tienne" lui dit gentiment Nina.
/image%2F1371214%2F20260403%2Fob_eaaaa9_img-3378-1.jpg)
Ce soir, les deux colocataires à peine rentrées, Heidi est allée directement dans sa chambre, sans dire un mot. Elle a pris la lettre et s'est assise sur son lit.
Mais elle n'arrivait pas à se décider à décacheter l'enveloppe.
/image%2F1371214%2F20260403%2Fob_a45fe2_img-3383-1.jpg)
"Courage ma fille, après tout, c'est toi qui a voulu savoir, et tout est peut-être là, dans cette enveloppe".
/image%2F1371214%2F20260403%2Fob_40b045_img-3383-1-2.jpg)
Elle l'ouvrit et sortit quelques feuillets couverts d'une jolie écriture régulière.
/image%2F1371214%2F20260403%2Fob_f47aa9_img-3385-1.jpg)
Et elle se mit à lire...
(voir plus bas si vous n'arrivez pas à déchiffrer l'écriture ***)
/image%2F1371214%2F20260403%2Fob_849bc5_lettre-page-1.jpg)
/image%2F1371214%2F20260403%2Fob_18d7fa_img-3385-1-2.jpg)
Heidi lève la tête, stupéfaite.
"C'est comme dans mes rêves : ma mère est morte, et mon père ne sais pas que j'existe".
/image%2F1371214%2F20260403%2Fob_2ebd9b_img-3387-1.jpg)
Elle continue la lecture au verso du premier feuillet.
/image%2F1371214%2F20260403%2Fob_08d156_lettre-page-2.jpg)
Heidi relève la tête. Les larmes se mettent à couler.
"Que d'amour perdu" se dit-elle.
/image%2F1371214%2F20260403%2Fob_bfa953_img-3387-1-2.jpg)
-------------
Heidi va-t-elle rechercher son père maintenant ?
À suivre...
Bonne journée :-)
♥♥♥
*** Au cas où vous auriez du mal à déchiffrer l'écriture de la lettre, en voici le texte complet :
Rocamadour, le 20 juillet 2020
Mon enfant,
Je t'écris ces mots sans savoir s'ils te parviendront un jour, mais je l'espère de tout mon cœur. Un cœur brisé depuis le jour où tu m'as été arrachée.
Cela fait dix huit ans que je porte ton silence. Dix huit ans que je me demande à quoi ressemble ton sourire. Aujourd'hui, tu es une adulte, et je ne connais rien de ta vie, de tes rêves, de tes peurs.
Le jour où je t'ai mise au monde, j'étais une enfant moi-même, terrifiée et seule. Accoucher anonymement était un piège refermé sur ma jeunesse et mes erreurs. C’est le secret le plus lourd de mon existence.
Je ne cherche pas à justifier l'injustifiable. Je veux juste que tu saches que tu n'es pas une "erreur", mais le fruit d'une situation désespérée.
Ton père et moi, nous nous sommes passionnément aimés dès le premier regard, comme deux âmes sœurs qui se sont trouvées, nous avons passé de merveilleux moments ensemble, les plus merveilleux moments de ma vie.
Nous savions l'un et l'autre que ces merveilleux moments ne seraient qu'une parenthèse dans nos vies car j'étais fiancée et je devais me marier à mon retour en France, deux familles entières comptaient sur moi, je les aimais tous, et je ne voulais pas décevoir.
Cela lui brisait le cœur, ton père m'a suppliée maintes et maintes fois de rompre mes fiançailles et de l'épouser, mais il n'était pas conscient de l'emprise que peut avoir une famille profondément croyante comme la mienne sur leur fille.
Et un jour, j'ai découvert que j'étais enceinte. Alors j'ai rompu avec ton père, j'ai pris le prétexte le plus stupide qui soit : je me suis inventé des remords et je lui ai dit que je ne voulais plus jamais le voir.
Ce jour là, je sais que je lui ai fait beaucoup de mal, mais je ne voyais pas d'autre solution que de te donner à la naissance pour que tu sois adoptée par une famille aimante, car je savais que si je te ramenais dans la mienne, tu n'y serais pas la bienvenue car considérée comme l'enfant du péché, et je ne voulais pas te faire vivre ça. Ni, je l'avoue avec honte, le vivre moi non plus. On est si stupide à 19 ans.
Sur le second feuillet de cette lettre, je te mets des informations qui te permettront de retrouver ton père, si tu le souhaites. Sois gentille avec lui, il n'a jamais su que tu existais.
J'espère sincèrement que tu as été heureuse, aimée, et que la vie a été douce avec toi. J'ai souvent imaginé ton visage, me demandant si, un jour te croisant dans la rue, si je te reconnaitrais. Je t'imaginais rousse et bouclée comme moi, et j'observais tous les enfants roux, puis les jeunes femmes rousses dans la rue, même si cela pouvait me faire paraitre un peu folle aux yeux des autres.
Je t’ai donné le prénom que tu portes car c’est celui de l’héroïne d’un livre que j’adorais quand j’étais enfant, et je l’ai souvent murmuré en imaginant que tu pouvais l’entendre.
Tu n'as jamais été oubliée et chaque anniversaire était marqué par une pensée pour toi.
Tu as le droit de me détester. Mais sache que chaque jour, j'ai pensé à toi, et je me demandais si tu pensais à moi aussi.
Je vais bientôt quitter cette terre sans avoir eu le bonheur de te retrouver, mais je sais que même là-haut, je continuerai à penser à toi.
Avec tout l'amour que je n'ai pas pu te donner.
Ta mère.
--------------------------------------------
Tonight, the atmosphere was unusual at the Mots et des Mailles association. No biscuits to accompany the coffee, no cheerful chatter.
Let's go back a few hours to find out why.
This morning, a delivery man rang the doorbell very early at the small apartment shared by Heidi and Nina; he was delivering an express package from France.
A minute later, Heidi received a call from Nabil's mother.
It was the first time they had spoken; until then, they had only communicated by email.
She explained that she had just received the delivery notice for the envelope she had sent her the day before by express mail, and that before she opened it, she had something very important to tell her.
"Heidi, we don't really know each other, but I have a lot of sympathy for you, and your quest was very important to me. I haven't told you anything about my research for the past two weeks, but now it's time I told you everything.
I've found your mother. She was indeed the sister of Nabil's teacher when he was little. But your mother passed away six years ago after a long illness.
However, she always thought of you. Before she died, she wrote a letter to her husband, confessing that she had had a daughter during the year she spent studying in Canada, and that if, by some miracle, he ever had the chance, she begged him to give her to him.
I met her husband in person. He explained that they had been practically engaged since childhood, both coming from very close, and above all, very Catholic, families who had always wanted them to marry to strengthen their bonds. The ties between them all. She didn't want to disappoint her parents; she was very young, and she felt trapped knowing their wedding was planned for the month after her return to France.
But her husband told me that after she came back from Canada, she had completely changed, that she never again had the same spontaneous zest for life as before. He understood why when she confided in him.
You should also know that she tried to search for you, but Quebec law prohibited her from accessing your file. There you have it, you know everything.
Her husband entrusted this letter to me so I could send it to you. He doesn't want any contact with you, but he wanted to know if I had a photo of you, since you had sent me one. I showed it to him, and he told me you looked remarkably like your mother. You see, my son wasn't wrong.
Heidi didn't know what to say, her throat tight, her eyes filled with tears that refused to change color. In a choked voice, she warmly thanked Nabil's mother, saying she was grateful for everything and that she would write to her later. The kind woman understood the young girl's distress perfectly and didn't take offense at the brief reply, simply telling her that she hoped the letter would bring her peace of mind.
After that, Heidi began her day as usual, deliberately suppressing the emotion that overwhelmed her. She didn't even explain to Nina the reason for the express letter, delivered at dawn. But her friend sensed that something was wrong, and that it must be related to the search for Heidi's biological parents.
They attended their classes at the university, and then it was time to go to the Words and Letters Association. It was there, barely seated, that Heidi announced the news, mentioning the phone call and the posthumous letter, explaining that she hadn't opened it and didn't know if she would. She said she felt fear, even anxiety, at the thought of what she might read.
"If I were you, I'd read it. You're finally getting somewhere after all your searching," said Jasmine.
"I also think you should read it, and finally discover what you've always wanted to know," added Guylaine.
Suzanne insisted.
"I think that if this woman regretted her actions her whole life, and loved you all these years without being able to let you know, she deserves for you to read this message in a bottle that she cast into the sea, hoping it would reach you one day."
This argument hit home.
"You're right, Suzanne. I'll read it tonight."
"If you need anything, I'll be here for you, in the room right next to yours," Nina told her kindly.
That evening, as soon as the two roommates got home, Heidi went straight to her room without a word. She took the letter and sat down on her bed.
But she couldn't bring herself to open the envelope.
"Cheer up, girl, after all, it was you who wanted to know, and maybe everything is right here in this envelope."
She opened it and took out a few sheets of paper covered in neat, even handwriting.
And she begins to read...
Rocamadour, July 20, 2020
My dear daughter,
I write these words without knowing if they will ever reach you, but I hope with all my heart that they will. My heart has been broken since the day you were taken from my arms.
For eighteen years I have carried your silence. For eighteen years I have wondered what your smile looks like. Today, you are an adult, and I know nothing of your life, your dreams, your fears.
The day I gave birth to you, I was a child myself, terrified and alone. Giving birth anonymously was a trap that closed on my youth and my unmet needs. It is the heaviest secret of my existence.
I am not trying to justify the unjustifiable. I just want you to know that you are not a "mistake," but the product of a desperate situation.
Your father and I fell passionately in love at first sight, like two soulmates who had found each other. We spent wonderful moments together, the most wonderful moments of my life.
We both knew that these wonderful moments would only be a parenthesis in our lives because I was engaged and was to be married upon my return to France. Two entire families were counting on me; I loved them all, and I didn't want to disappoint them.
It broke his heart. Your father begged me time and time again to break off my engagement and marry him, but he didn't realize the hold a deeply religious family like mine can have on their daughter.
And one day, I discovered I was pregnant. So I broke up with your father. I used the most ridiculous excuse imaginable: I invented remorse and told him I never wanted to see him again.
That day, I know I hurt him deeply, but I saw no other solution than to give you up for adoption at birth so you could be cared for by a loving family. I knew that if I brought you back to mine, you wouldn't be welcome, considered a child of sin, and I didn't want you to experience that. Nor, I confess with shame, did I want to experience it for myself. We're so foolish at 19.
On the second page of this letter, I've included information that will allow you to find your father, if you wish. Be kind to him; he never knew you existed.
Heidi looks up, stunned.
"It's like in my dreams: my mother is dead, and my father doesn't know I exist."
She continues reading on the back of the first page.
I sincerely hope that you were happy, loved, and that life was kind to you. I often imagined your eyes, wondering if one day I'd see you on the street and recognize you. I pictured you as a redhead with curly hair like me, and I'd watch all the red-haired children, then the young red-haired women, in the streets, at the risk of seeming a little crazy to others.
I gave you the name you bear because it's the name of the heroine in a book I adored as a child, and I often whispered it, imagining you could hear me.
You were never forgotten, and every birthday was marked by a thought for you.
You have the right to hate me. But know that every day, I thought of you, and I wondered if you thought of me too.
I will soon leave this earth without having had the joy of seeing you again, but I know that even up there, I will continue to think of you.
With all the love I couldn't give you.
Your mother.
Heidi raises her head. Tears begin to flow.
"So much lost love," she thinks to herself.
Will Heidi go looking for her father now?
To be continued...
Have a nive day :-)
♥♥♥
/image%2F1371214%2F20240229%2Fob_66296a_132630878-o.jpg)
/image%2F1371214%2F20250316%2Fob_4f70b6_image-1371214-20240229-ob-0f9078-13263.jpg)
/image%2F1371214%2F20240229%2Fob_fc5a0e_132630431-o.jpg)
/image%2F1371214%2F20240229%2Fob_32b531_alix.jpg)
/image%2F1371214%2F20240229%2Fob_be7552_anna.jpg)
/image%2F1371214%2F20241112%2Fob_62fdfe_2024-11-12-14-22-45-window.jpg)
/image%2F1371214%2F20240229%2Fob_cee933_tigrette.jpg)
/image%2F1371214%2F20240229%2Fob_387cb6_esyram.jpg)
/image%2F1371214%2F20250128%2Fob_45b540_2025-01-27-22-48-12-window.jpg)
/image%2F1371214%2F20250325%2Fob_e5f65b_2025-03-25-17-56-52-window.jpg)
/image%2F1371214%2F20240229%2Fob_cefa25_grenier-patmo.jpg)
/image%2F1371214%2F20240229%2Fob_be4722_musaraigne.jpg)
/image%2F1371214%2F20240229%2Fob_0f1a90_alice.jpg)
/image%2F1371214%2F20240229%2Fob_54302b_line.jpg)
/image%2F1371214%2F20240229%2Fob_6e89f5_132781924-o.jpg)
/image%2F1371214%2F20240229%2Fob_050128_art.jpg)
/image%2F1371214%2F20240229%2Fob_8711cf_mamieminette-1.jpg)
/image%2F1371214%2F20240229%2Fob_9d2c14_mamieminette-2.jpg)
/image%2F1371214%2F20240229%2Fob_626ec6_christine.jpg)
/image%2F1371214%2F20240229%2Fob_651122_passionatal.jpg)
/image%2F1371214%2F20240229%2Fob_c4c03d_cheries.jpg)
/image%2F1371214%2F20240726%2Fob_e3e383_2024-07-26-10-19-32-window.jpg)