14 décembre 2019

Lune d'argent et son berceau/porte-bébé amérindien

Lune d'argent est heureuse : IMG_0258-1

 Elle aime aller dans la forêt en emportant dans son dos le plus précieux des fardeaux : sa fille, Deux plumes blanches,

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...sous la surveillance de ses fidèles chiens qui savent éloigner les loups lorsque le hibou les alerte.

 Parfois, elle s'arrête pour se reposer un peu, et admirer son enfant.

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J'ai fabriqué ce berceau-porte bébé amérindien avec un tissu qui ne s'effiloche pas en coupant les franges, des lacets de suède et une bande de fausse fourrure.

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Cette manière de transporter les petits enfants dans des "cradle board" (littéralement, des planches berceaux) étaient commune à la plupart des tribus amérindiennes.

Les jeunes enfants étaient emmaillotés dans du tissu, puis étendus sur un épais coussin de matière végétale douce et souple (et de fourrure en hiver), et attachés en toute sécurité sur la planche. 

Le système d'attache était simple, mais efficace et sécuritaire, et surtout rapide à mettre  en place ou à retirer, notamment pour permettre le change rapide des linges de bébés.

Cette fixation empêchait le mouvement des bras et des jambes, ce qui imitait la sensation d'être tenu dans les bras. On pourrait penser que le bébés n'aimaient pas cela, et pourtant c'est tout le contraire : la sensation d'être maintenu est rassurante pour un bébé et lui apporte calme et sécurité.

Les bébés plus âgés avaient les mains libres afin qu'ils puissent jouer ou sucer un objet.

Devenus assez costauds pour ramper et marcher, ils étaient autorisés à jouer sur le sol pendant de courtes périodes, sous la supervision d'un parent ou d'un membre du clan familial (généralement les grands-parents, oncles et tantes). Ils retournaient ensuite dans leur berceau où ils étaient de nouveau attachés.

Les enfants passaient ainsi la majorité de leurs deux premières années de vie dans ces berceaux, d'où ils étaient enlevés seulement pendant de courtes périodes.

Ces berceaux remplissaient le rôle de porte-bébé, de lit et de "poussette", car il pouvait être transporté sur le dos de la mère, ou dans ses bras,  il pouvait être calé sur le sol de manière plus ou moins inclinée, comme une chaise bébé, ou encore attaché à un traîneau,  à un travois à chien, ou suspendu sur le côté d'un cheval, pour les longs trajets..

Avec ce principe, non seulement l'enfant étant en sécurité, mais les mères étaient libres d'effectuer les tâches quotidiennes, soit avec le berceau attaché sur le dos, soit appuyé contre un objet stable auprès d'elle. Cela permettait à l'enfant d'apprendre la patience, de se socialiser avec le groupe (car il découvrait toute la vie communautaire en observant autour de lui), et d'être facilement accessible s'il avait besoin d'être nourri ou changé.

Est-ce cette manière de faire qui a amené les premiers explorateurs et missionnaires à écrire, dans leurs carnets de voyages et courriers divers, qu'ils étaient surpris de voir que les bébés et jeunes enfants amérindiens ne pleuraient presque jamais ? peut être bien, car c'est une mode d'éducation très rassurant pour les enfants qui ne se sentaient jamais abandonnés, tout en étant strictement encadrés. 

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Passez un bon dimanche :-)

♥♥♥

PS : Une précision : je lis souvent le mot "papoose" utilisé pour parler d'un bébé amérindien, or le mot papoose est de l'algonquin (ou Anishinaabeg, la nation d'une partie de la famille de mon mari), une langue de la famille algique (algonquine), il ne s'applique donc qu'aux bébés des nations algonquiennes utiilisant les langues algiques, les Kitchesipirinis (que vous voyez en doré rayé ci-dessous). 

Du reste, lorsque que quelqu'un vous dira maintenant : "ça se dit comme ça en amérindien", je vous conseille de sourire gentiment, et de lui demander dans quelle langue de quelle nation ? .......... car, voici le nombre de langues amérindiennes parlées en Amérique du nord, 

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CC BY 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=231835


11 décembre 2019

Soleil d'automne fait la tête

Les juments, que Soleil d'automne avait offertes à Sourire tranquille pour faire sa demande en mariage, ont profité du redoux qui a fait fondre presque toute la neige (redoux anormal en cette saison) pour s'échapper et aller brouter l'herbe réapparue.

Soleil d'automne et son ami Ours debout sont allés les rattraper.

Les voici au retour.

Soleil d'automne n'est pas très content de la négligence de Sourire tranquille qui n'a pas assez surveillé ses juments.

Ours debout a du mal à ne pas sourire en imaginant la future dispute des deux amoureux car il sait que sa soeur Sourire tranquille saura vite se faire pardonner.

Pluie de printemps connait le mauvais caractère de son frère et s'inquiète de ce qu'il va dire à son amie Sourire tranquille.

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Mais l'herbe n'est pas restée découverte longtemps car il s'est mis à re-neiger peu de temps après.

Bon jeudi !

♥♥♥

25 juillet 2019

Cueillette et conservation des fruits chez les amérindiens + régime alimentaire de l'ours

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Les plantes sauvages comestibles constituaient une part importante de la nourriture traditionnelle des amérindiens. Plus de 250 plantes étaient cueillies à des fins alimentaires (et environ 400 espèces pour la médecine traditionnelle).

Les fruits sont la partie de la plante la plus consommée bien sur, mais les noix, les jeunes pousses et les parties souterraines de certains fruitiers étaient aussi utilisés (rappelons qu’en période de disette hivernale, le lichen, l'écorce et les racines de certaines plantes étaient également prélevés et consommés).  

La cueillette des petits fruits a toujours fait partie du mode de vie traditionnel des amérindiens. La cueillette était faite par les femmes et les enfants, parfois sous la surveillance d’un jeune guerrier ; c’était l’occasion l'occasion de visiter le territoire, de renforcer ou créer des liens, et de transmettre le savoir-faire alimentaire et médicinal.

Ici, nous voyons, de gauche à droite : Soleil d'automne, le jeune guerrier de 16 ans, qui accompagne sa soeur Pluie de printemps, ainsi que Feuille dans le vent (leur jeune soeur), et Sourire tranquille (sa fiancée). Il a pris son arc et son fusil car il y a des ours dans ce secteur ; les ours ne sont pas dangereux, car ils se sauvent quand un humain s'approche, mais on ne sait jamais ce qui pourrait se passer, et il vaut mieux être prudent si ils rencontraient un vieux mâle solitaire perclus de rhumatismes (comme ils le sont souvent en vieillissant, ce qui les rend agressifs à cause de la douleur). 

Pluie de printemps et Sourire tranquille ont 15 ans ; elles connaissent parfaitement les baies comestibles, et enseignent à la jeune Feuille dans le vent (13 ans) à les reconnaitre et les cueillir correctement sans abîmer la plante mère afin qu'elle continuer à donner ses fruits.

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La cueillette des baies s'étendait de juillet jusqu'aux gelées.  

Elle débutait avec les fraises, suivies des framboises, de la camarine (Empetrum nigrum) ; suivie en août des bleuets, des petites poires (Amelanchier alnifolia) et de la chicouté (Rubus chamaemorus), puis en septembre et octobre, de la canneberge, le raisin d'ours (Arctostaphylos alpina), la viorne trilobée et l'airelle vigne d'Ida (Vaccinium vitis-idaea), les «graines rouges» (airelles vigne d'Ida.

Diverses méthodes de conservation étaient pratiquées :

-          les baies entières étaient laissées au soleil ou déposées sur des treillis au dessus d'un feu ; une fois déshydratées, elles étaient remisées dans des sacs de peau, ou réduites en poudre puis mélangées avec de la graisse animale.

-          les bleuets, canneberges et airelles étaient bouillis pendant deux ou trois heures pour obtenir une pâte qui était ensuite compressée en blocs qu’on faisait sécher au soleil sur des morceaux d'écorce ; les blocs étaient régulièrement retournés jusqu’à séchage complet ; une fois secs, ils étaient disposés dans un contenant d'écorce qu'on enterrait. Cette sorte de « pâte de fruits » se conservait pendant plusieurs mois ; pour la consommer, le bloc était laissé à tremper jusqu’à réhydratation.

Ces fruits séchés étaient

-          ajoutés au repas de base des amérindiens : la Sagamité (une soupe qui bouillonnait en permanence, dans laquelle étaient rajouté ce que les chasseurs et les cueilleurs rapportaient au fil des journées comme viandes, poissons, racines, graines et fruits, enrichie avec de la graisse animale, aromatisée avec des herbes, et adoucie avec de l’eau d’érable, ou du sirop d’érable).,

-          incorporés aux galettes de maïs pour leur donner du gout,

-          utilisés dans des recettes médicinales

Lors de son premier voyage en 1534, Jacques Cartier avait noté la présence de petits fruits connus en France: groseilliers blancs et rouges, fraises et framboises. Samuel de Champlain précisa également que les Amérindiens les font sécher comme «nous le faisons des pruneaux en France » et décrivit  l'utilisation des fruits séchés dans certains plats, « telle la galette de maïs et pour donner goût à leur Sagamité ». Le récollet Gabriel Sagard raconta que « les fruits séchés donnent du goût aux galettes qu'ils font cuire sous les cendres, car elles sont fort fades». 

Au bout d'un moment, Soleil d'automne se fatigue d'entendre les filles parler de sujets qui lui semblent sans intérêt... et le voilà qui ronchonne :

- non mais franchement, des ours ! comme si il y avait des ours qui supporteraient d'entendre jacasser comme ça ; si il y en a un dans ls parages, il doit avoir fui depuis longtemps !!!

Attention Soleil d'automne : il y en a pourtant un qui vous observe ! Le voyez-vous ?

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L'ours est un animal timide, mais curieux ; ils les a donc observés tranquillement.

Puis lorsqu'ils sont repartis, il est sorti pour manger des fruits à son tour. Car les ours sont friands de fruits eux aussi !

Le régime alimentaire des ours est principalement d’origine végétale : en premier lieu des feuilles tendres et de l'herbe au printemps, mais dès qu'ils sont murs,la gourmandise leur fait vite préférer les bleuets, les fraises, les baies de shépherdie, de sureau et d’amélanchier, les cerises noires et les pommes ! Ils affectionnent également les glands, les noisettes et les faînes.Ajoutons aussi certains insectes ,comme les fourmis dont ils raffolent (ils retournent des vieilles souches et des pierres pour en trouver !). Et finalement, mais en très petite quantité, leur menu comporte du poisson, des petits mammifères et des oiseaux, mais ceci représente moins de 10 %  du total de leur alimentation.

 

Retour en 2019 :j'espère que cette petite leçon de vie des amérindiens du Canada vous aura plu !

Passez un bon jeudi :-)

♥♥♥