07 juin 2020

Adrienne perd son travail

Lorsque Adrienne est arrivée au Canada, elle cherchait du travail et un logement. À cette époque, le magasin général de la petite ville où ses pas l'avaient conduite, tout près de la frontière, cherchait une vendeuse et l'avait immédiatement embauchée car elle savait parfaitement lire, écrire et compter.

De son côté, la jeune institutrice Rose venait de perdre son mari et son père, et se trouvait avec son jeune frère et sa jeune soeur à charge, en plus de son propre bébé. Elle avaiit de la place dans sa grande maison, et cherchait quelqu'un susceptible de louer une chambre chez elle et de garder le bébé durant ses heures d'école, en alternance avec Joséphine, jeune femme d"origine Mexicaine, fraichement arrivée du sud-ouest, qui louait l'autre partie de la maison où elle avait installé son atelier de couture.  Adrienne avait donc emménagé chez elle moyennent un loyer modique.

Tout allait bien, les 3 jeunes femmes étaient ravies de leur arrangement, et étaient devenues de véritables amies au fil des mois. 

Toutefois, ce samedi midi, Adrienne est revenue de son travail en larmes : Nils, le propriétaire du magasin général venait de lui annoncer qu'il ne pouvait pas la garder car parmi les femmes des nouveaux habitants de la ville, il y en a beaucoup qui ne voulaient pas être servies par une vendeuse noire.

Rose et Joséphine l'ont fait asseoir, lui ont servi un bon thé chaud, et l'ont écouté raconter ce qu'il lui arrivait. Elles étaient choquées et révoltées de la décision du grand-oncle Nils.

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Adrienne leur explique que ce n'est pas vraiment la faute de Nils, mais qu'il ne peut pas faire autrement : la petite ville a beaucoup grandi depuis un an, et l'ambiance bon enfant des débuts a changé. De plus, comme il y a un autre magasin général qui s'est ouvert à l'autre bout de la ville, si il ne veut pas perdre des clients et faire faillite, Nils ne peut pas laisser les clients s'en aller chez le concurrent. Elle leur explique qu'il était réellement désolé de lui annoncer sa décision, mais qu'il doit le faire, parce que le magasin général est tout ce qu'ils ont, Erika et lui, que c'est l'aboutissement du travail de toute leur vie, et qu'ils ne veulent pas tout perdre.

Elle est très inquiète de ce qu'elle va devenir. Mais ses amies la rassurent vite.

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Joséphine dit :

- Comme j'ai maintenant besoin d'une employée plusieurs heures par semaine parce que j'ai beaucoup de commandes de vêtements, et que je sais que tu es habile avec une aiguille et du fil, tu vas pouvoir travailler avec moi. Ne t'en fais pas, j'ai connu ces réactions moi aussi : à cause de mes origines, on se méfiait de moi. jusqu'à ce que les dames de notre canton réalisent que je leur faisais les plus belles robes de la région sans qu'elles aient besoin d'aller à la grande ville ! Ça leur passera, tu verras.

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Rose ajoute :

- Désormais, tu seras à plein temps à la maison ; comme Joséphine a de plus en plus de travail de couture, garder le bébé le matin, pendant que tu étais au magasin général, commençait à lui poser des problèmes, donc, tu vois, ça nous arrange que tu sois là toute la journée maintenant.

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Pendant que les trois amies discutent et réorganisent leur avenir, Liliane et Narcisse qui faisaient la vaisselle du repas de midi discutent à voix basse ensemble :

- Comment peut-on reprocher ses origines à Joséphine, ou la couleur de sa peau à Adrienne ? c'est idiot, elles n'y sont pour rien ! dit-il à sa soeur.

- Je suis bien d'accord, les gens qui reprochent ça à quelqu'un sont de parfaits idiots ! c'est comme si on ne voulait pas nous donner de travail, quand on sera adultes, sous prétexte que nous avons les cheveux roux et les yeux verts comme notre père ! lui répond Liliane.

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Par chance, pour le moment, tout semble s'arranger dans la vie d'Adrienne, grâce à la compréhension et l'ouverture d'esprit de la part de ses amis. 

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Mais qu'en sera-t-il dans le futur ?

Passez un bon lundi :-)

♥♥♥

 


03 novembre 2019

Dans la prairie 1870/2019, stérilisation,congélation et explications

1870, dans la prairie canadienne

Adrienne, surnommée Addy. travaille chaque après-midi au magasin général dont sont propriétaires Erika et Nils.

Pendant ce temps, c'est Joséphine, la couturière à domicile (qui, comme Addy, vit en location chez Rose), qui garde le bébé, puisque Rose ne peut le faire, étant elle-même institutrice.

Ce jour là, Addy rentre du travail pendant que Rose passe un coup de balai dans la cuisine avant de commencer à préparer le souper.

- Erika m'a dit de t'apporter tous ces pots Masson, et il prait qu'il y en aura encore demain, dit-elle en entrant. Je vais t'expliquer pourquoi.

Suprise, Rose lui répond :

- Enlève ta cape et assieds-toi. Mon frère et ma soeur ont raccompagnés leur amis  Kirstin et Erik après l'école, j'appelle Joséphine et on va prendre un thé toutes les trois, au calme, avant qu'ils rentrent ! Tu nous racontera ça.

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Joséphine arrive de son atelier de couture, installé dans le salon de Rose. Les filles s'installent. Addy s'empare immédiatement du bébé (elle l'adore !), et explique :

- La récolte de citrouilles a été plus importante que prévue chez nous, et elle ne se vendent pas bien par chez nous, mais ça n'a pas été le cas partout. Alors Erika et Nils ont discuté avec leurs neveux, les Larson, et ils ont proposé que vous fassiez tous des conserves de citrouilles pour toutes les utiliser jusqu'à la dernière ; ainsi ils en auront à expédier cet hiver quand ils n'en auront plus ailleurs, et vous, vous, toucherez une prime pour chaque pot vendu.

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Rose (19 ans) est très contente, car depuis la présumée mort de ses parents et de son jeune époux l'hiver dernier, quand ils ont disparu durant un blizzard (tempête de neigne arrivant brutalement, violente, faisant perdre tous les repères et pouvant durer plusieurs jours), et malgré les petits loyers que payent Addy et Joséphine, et avec sa paye d'institutrice, elle vit correctement, mais regrette souvent de ne pas pouvoir faire quelques folies, pour elle autant que pour son frère et sa soeur.

Arrive le samedi, il n'y a pas d'école, et Rose embauche sa soeur Lily (14 ans) pour faire les conserves avec elle. Pendant ce temps, son frère, Narcisse (15 ans) les observe en dévorant une tranche de pain beurrée, car il a toujours faim !

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Rose dit à Lily :

- Aux premiers bocaux vendus, j'achèterai un beau tissu chez Erika et Nils, et je demanderai à Joséphine de te coudre une nouvelle robe.

À cette idée, Lily est ravie et travaille avec enthousiame.

Rose ajoute :

- Et toi, Narcisse, tu auras peut être bien une vraie veste d'homme, mais seulement si tu fais un peu plus d'efforts en classe.

Narcisse ronchonne :

- J'ai vraiment pas de chance que l'institutrice du village soit justement ma soeur, pfff !

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Au bout d'un moment (et de la troisième tranche de pain beurré de Narcisse !), Lily s'exclame :

- À force de faire ça, je crois que je ne vais plus pouvoir supporter de manger de la citrouille pendant plusieurs années !

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- Ce n'est pas grave, répond Narcisse, je mangerai tes parts de tarte à la citrouille, de muffin à la citrouille, de purée de citrouille, de soupe de citrouille, de...

- Stooooop ! s'exclame Rose en riant. Vas plutôt nous chercher un autre panier de citrouilles à préparer, et allume le feu sous la cuve d'eau que j'ai mise dehors.

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L'eau dans la cuve, c'est bien sur pour stériliser longuement les bocaux dans lesquels Lily place les cubes de citrouilles qui ont été pré-cuits sur le poële (longuement car, en raison de son taux d'acitité très bas, la citrouille ne se conserve pas bien, il faut la cuire à moitié en gros dés, la mettre dans les bocaux avec l'eau de cuisson, et ensuite les stériliser pendant 90 minutes pour des bocaux de 1 litre). 

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Savez-vous de quand datent les premiers pots à conserve en verre comme les utilisent ici Rose et Lily ?

Ce modèle date de 1854, année où James Mason dépose aux USA le brevet d’un couvercle métallique vissable comportant un joint annulaire en caoutchouc, rendant hermétique la stérilisation dans des bocaux de verre.

Il est appelé pot Masson, du nom de son inventeur, et c'est celui qu'on trouve presque exclusivement en Amérique du nord :

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Mais en Europe, il y avait des pots de verre pour les conserves depuis plus longtemps que cela. 

La stérilisation a été "inventée" par Nicolas Appert, confiseur, et révolutionnaire. Après la révolution, il oriente ses travaux sur les solutions à apporter aux faiblesses des moyens de conservation de l’époque. Prenant en compte plusieurs critères (modification du goût, coût et qualités nutritives), il met au point en 1795 un procédé qui rend possible la mise en conserve  des aliments ; procédé appelé l'appertisation.... soit soixante ans avant Louis Pasteur et son procédé de pasteurisation.

Estimant que sa découverte est un bienfait pour l'humanité, il refuse de déposer un brevet, afin que tout le monde y ait accès

En 1802, il crée à Massy la première fabrique de conserves au monde, où il emploie une cinquantaire d'ouvrières, et il devient fournisseur de la marine française. Puis il écrit un guide publié à 6 000 exemplaires et envoyé dans la France entière par l'intermédiaire des préfectures  : "L'Art de conserver pendant plusieurs années toutes les substances animales et végétales.". 

Dès ce moment, sa méthode de conservation se voit copiée par les anglais... qui ne lui versent aucune compensation financière, et se contentent de l’honorer du titre symbolique de « bienfaiteur de l’humanité » !! Utilisant la technique Appert, reprise dans un brevet déposé par Peter Durand, les anglais utilisent des boîtes en fer-blanc qui ont l’inconvénient de ne s’ouvrir que très difficilement (l'invention de l’ouvre-boîtes n’arrivera que beaucoup plus tard !).

Le déclin de la marine après les guerres napoléonniennes, puis l'invention anglaise des boites de conserve, ont finalement amené Nicolas Appert à la ruine. Âgé de quatre-vingt-onze ans, veuf, sans argent pour s’offrir une sépulture, ilmeurt le 1er juin 1841 à Massy, où son corps est déposé dans la fosse commune.

Triste histoire pour quelqu'un qui a tant apporté à l'humanité tout entière.  488655617

De nos jours, en France, vous connaissez tous les bocaux Le Parfait :

Bocaux_Le_ParfaitLeur invention, avec la patte de fermeture métallique, date de 1835, à Reims.

Mais auparavant, il y avait un autre système, diffusé par plusieurs marques comme Le Meilleur et Le Pratique. Voici quel était leur principe de fermeture, peu fiable, car si on bousculait le pot, l'air risquait de s'infiltrer dedans, et la conserve de se gâter :

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Et de nos jours............ en 2019

- Tu te rends compte, s'exclame Belle, autrefois, mes aïeules devaient faire  un gros travail pour conserver des citrouilles afin d'avoir les provisions de l'année.  Ça leur prenait des heures de travail.

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Elle continue :

- Moi, j'ai juste à découper la citrouille, la couper en morceaux, les mettre dans un sac et les glisser dans le congélateur. Quelle chance nous avons de vivre à notre époque.... pas pour tout, mais tout au moins pour certaines choses comme celle-là.

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Effectivement, pour conserver une citrouille, il vous suffit de bien la laver, la découper en quartiers, puis en cubes, et de les mettre à congeler ; lors de la décongélation, les dés auront été pré-cuits par le gel, et seront utilisés comme ceux des bocaux. On ne fait pas plus simple.

Vous remarquerez la boite de Ziploc, je l'ai créée sur le logiciel Corel PSP, et imprimée puis collée. Si elle vous intéresse, vous pouvez me demander le fichier à imprimer, je vous l'enverrai (il est à l'échelle des poupées 46 à 50 cm).

Les couteaux sont fabriqués maison également, le manche est en mousse de bricolage très dense épaisseur 12 mm, et la lame en aluminium de bricolage épais.

Que vous stérilisiez, ou que vous congeliez, ou que vous vous contentiez de consommer, je vous souhaite un bon dimanche !

♥♥♥