Extrait du journal de Rose - Samedi 24 juin 1870

[... Il fait très chaud cet année, anormalement chaud. Nous étouffons dans la classe, malgré les deux portes que nous laissons ouvertes pour faire des courants d'air. Ce matin, c'était vraiment difficile de faire tenir les enfants tranquilles tant ils avaient chaud. Et moi aussi. J'adore faire la classe à mes élèves, mais pour une fois, j'avoue qu'à trois semaines de la fin de l'année scolaire, j'attends avec impatience l'arrivée des congés d'été pour pouvoir me reposer, jardiner, et me détendre à mon rythme.

Pourtant, tout va tellement mieux à l'école : Mellie s'est un peu améliorée et elle n'est plus aussi souvent punie pour sa paresse, ceci non pas grâce à Madame McGill, qui continue à la considérer comme une petite merveille de perfection supérieure à tout le monde, mais parce que, comme il l'avait promis lors de leur visite (revoir ICI), Monsieur McGill la surveille de très près et exige de voir ses cahiers chaque soir. Malgré tout, son caractère ne s'est pas amélioré. Le résultat est que sa jeune soeur, Léna, a fini par en avoir assez et qu'elle s'est rapprochée de Jane et Catja ; le trio ainsi formé par les trois petites tient fermement tête à Mellie lorsqu'elle tente de provoquer des chicanes.

Monsieur Andersen est aux champs, où il fait les foins avec l'aide de ses ouvriers agricoles et de ses enfants, ainsi que de Jane, Liliane et Narcisse qui sont volontiers allés leur donner un coup de main. Toutefois, je crains que les plus petits comme Jane, Catja et Svend aient plus tendance à jouer qu'a travailler sérieusement pour faire les meules de foin ! Mais il faut bien que jeunesse se passe, et le peu qu'ils font est surement déjà d'une grande aide.

Nous avons passé l'après-midi à broder dehors à l'ombre, avec Adrienne et Joséphine, ainsi qu'avec Madame Andersen, qui a apporté son ouvrage de raccommodage. Nous avons bavarder de tout et de rien en buvant de l'eau fraîche que nous allions régulièrement chercher au puits ; tu te souviens comme il est profond et combien l'eau remontée en est très froide, c'est un vrai bonheur tellement elle est revigorante dans cette chaude et humide torpeur orageuse.

À un moment, j'ai soupiré et dit :

- Si seulement on pouvait enlever nos corsets et nos jupons et être légèrement vêtues comme les hommes, on serait tellement mieux.

Joséphine a répondu avec un sourire en coin :

- Je n'ai pas mis le mien, et je n'ai qu'un jupon aujourd'hui.

Adrienne a renchéri :

- Pareil pour moi !

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Madame Andersen et moi les avons regardées, stupéfaites.

- Ça ne se voit absolument pas ; quelle chance vous avez d'avoir la taille naturellement aussi fine, leur ai-je dit.

- C'est qu'elles ont la chance de ne pas encore avoir eu d'enfant, a expliqué Madame Andersen avec son sympathique accent danois. Moi, après avoir eu mes six enfants, si je ne porte pas de corset, j'ai tendance à "me répandre". 

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Joséphine et Adrienne ont éclaté de rire à cette idée.

- Riez, riez, rien bien. Mais profitez-en, parce que le jour où vous aurez eu des enfants, vous pourrez dire adieu à votre taille de guêpe ! leur ai-je dit en riant à mon tour.

À ce moment là, Joséphine est redevenue sérieuse, et nous avons toutes plongé le nez sur nos ouvrages, quand, au bout d'un moment, elle a annoncé :

- John et moi avons fini par nous mettre d'accord. Je pourrai continuer à faire des robes à mes clientes, mais à la condition que j'embauche une ouvrière pour faire la couture. Je créerai des modèles de robes, Adrienne qui commence à très bien se débrouiller fera les patrons et la coupe des tissus selon mes directives, et l'employée fera l'assemblage et la couture ; je n'interviendrai que pour les finitions finales. À Adrienne et à moi, cela ne demandera pas beaucoup de travail, et le reste du temps je pourrai m'occuper d'accueillir les patients de John et remplir ses papiers pour les dossiers, comme il le souhaitait, et Adrienne pourra continuer à s'occuper de ton bébé, Rose.

- Alors, vous allez vous marier bientôt ? a immédiatement demandé Madame Andersen avec un grand sourire. J'espère que ça sera une belle noce et qu'on pourra danser joyeusement pour fêter le mariage de deux personnes que tout le monde apprécie ici.

- Oui ! Ça sera sans doute au début de l'automne, quand il fait encore beau, nous pourrons partir en voyage de noces quelques jours, car à cette époque John dit que personne n'est malade et qu'il pourra confier sans crainte son cabinet à un remplaçant parce qu'il n'aura pas beaucoup de travail, a déclaré Joséphine.

J'en avais les larmes aux yeux tellement j'étais heureuse pour mon amie et pour ton ami John ; c'est une merveilleuse nouvelle, ce sont deux personnes exceptionnelles, et je leur souhaite tout le bonheur du monde. Mon amour, si seulement tu pouvais être là auprès de nous pour partager cette joie qui nous rappellerait tellement la notre lors de l'annonce de nos futures noces.

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Petite précision : à l'époque de Rose, les vacances d'été duraient du 14 juillet au 1er septembre. Contrairement à une idée très répandue, elles n'ont pas du tout été créées pour permettre aux élèves d'aider les adultes aux travaux des champs. À l'époque, les familles considéraient tout simplement l'école comme facultative, les enfants y allaient quand ils le pouvaient…!  

Bon vendredi :-)

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