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Canadienne depuis 15 ans, mais vivant au Québec depuis 20 ans, je critique régulièrement le galimatias des québécois, que j'appelle du "créole québécois" et non pas du français : erreurs de syntaxe, erreurs grammaticales, et plus généralement, erreurs en tous genre, incapables de conjuguer ou accorder correctement, sans parler de la pauvreté navrante d'un vocabulaire digne d'un immigré de 1re année.

Je le fais gentiment ; par exemple, si j'achète un objectif d'appareil photo, je dis "en réalité, on ne doit pas dire une lentille, mais un objectif" (les québécois disent lentilles, parce que c'est la traduction de "lens", qui en anglais veut à la fois dire lentille ET objectif)..... Et je me fais renvoyer dans ma cour avec des réflexions du genre : "on ne dit pas parking ou shopping, nous !", ou bien alors "nous, on trouve que les français parlent très mal le québécois !", ou alors l'ultime : "si t'es pas contente, t'as qu'à rentrer chez toué, toué". 

Mais oui, c'est simple, les québécois se la pètent et parlent d'indépendance, sous prétexte de leur particularité :  ils parlent le français dans une Amérique anglophone ! (dans leur tête, ils en sont encore à la guerre d'indépendance contre les Anglais, dur dur !)..

Tout au moins, c'est ce qu'ils croient, parce que, à mon avis, les phrases qui sortent de leurs bouches ressemblent très vaguement à du français ; du reste, écoutez un film québécois dans sa version originale non doublée pour la France, et si vous n'avez pas de sous-titrage, vous n'en comprendrez pas la moitié.

Depuis quelques temps, je ne suis plus la seule à le dire, alors ça me rassure un peu : je n'étais pas "anti-québécois", comme certains ont pu le penser, mais je disais juste "québécois, reprenez vous, vous parlez comme des cochons"... (clin d'oeil à l'expression "parler comme vache l'espagnol" qui est en réalité "parler comme un basque l'espagnol").

Les québécois essaient de nous raconter qu'ils sont les seuls à défendre la langue français ?
Lisez ça : ce sont trois articles différents sur le sujet (lien vers l'article sous chacun), deux de deux chroniqueurs différents, et un d'un prof d'université.

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Le français des futurs profs : pauvres enfants !

(par Joseph Facal)

Pour devenir enseignant aux niveaux primaire et secondaire, il faut obligatoirement réussir un test de français à la fin de la formation.

Depuis des années, les taux d’échec à ces examens sont hallucinants.

Un excellent reportage paru dans La Presse confirme que plus ça change, plus c’est pareil.

Dans certaines facultés d’éducation, il y a à peine 30 % des candidats qui réussissent le test au premier essai. Certains s’y prennent à 15 reprises !

Ironisons : y a-t-il encore des questions qu’ils ne connaîtront pas d’avance à la 15e tentative ?

Imaginez la qualité du travail futur d’enseignants aussi faibles... et l’impact sur les enfants.

Poupées russes

Comme toujours, il s’en trouve pour critiquer l’examen et vouloir le simplifier encore, voire l’abolir.

C’est un réflexe fréquent chez nous. Si l’on échoue, le problème réside dans le test et non dans le testé.

Récemment, Le Journal rapportait les doléances de candidates ayant échoué à plusieurs reprises à l’examen pour devenir infirmière auxiliaire.

Même rengaine : test trop ceci, trop cela, comme s’il existait un « droit à la réussite ».

Allez, hop, ayons du cœur ! Si la personne fait suffisamment pitié, donnons-lui ce qu’elle veut tellement !

Il arrive souvent qu’un problème en cache un autre, qui lui-même en cache un autre, qui lui-même..., etc.

Dans le cas des futurs enseignants, ces taux hallucinants d’échec révèlent la faiblesse de beaucoup de candidats, ce qui révèle la faiblesse des critères de sélection dans les facultés d’éducation.

Tout cela est archiconnu des spécialistes, mais il ne faut surtout pas le dire trop fort.

Ce serait « élitiste », ce serait « manquer de compassion », ce serait « tuer leur rêve », « le cœur compte plus que la conjugaison », et blablabla.

Au Québec, vous êtes le grand méchant loup si vous osez dire : « excuse-moi-mon-grand-c’est-parce-que-tu-n’es-juste-pas-assez-bon-trouve-toi-donc-un-autre-métier ».

Et ce problème qu’est la faiblesse des candidats et des critères de sélection dissimule à son tour, comme une poupée russe, un autre problème : la piètre qualité de la formation offerte dans beaucoup de facultés d’éducation.

Dans ces facultés, beaucoup de professeurs se cramponnent, par idéologie ou par refus d’admettre qu’ils se sont fourvoyés, à des idées contredites par la recherche sérieuse.

Dans Le Journal du 19 avril dernier, les professeurs Boyer et Bissonnette énuméraient quelques-uns des mythes qui produisent des résultats aussi lamentables :

« Qu’il n’était pas nécessaire d’enseigner systématiquement le décodage des lettres aux enfants pour leur apprendre à lire [...] ;

Que les meilleures pédagogies devaient amener les enfants à découvrir par eux-mêmes ce qu’ils doivent apprendre ;

Que l’usage des technologies en classe avait un fort effet positif sur les apprentissages ;

Qu’il n’était pas recommandé de passer des tests pédagogiques [...]. »

Tout cela est faux. Tout simplement.

Je parlais plus haut des problèmes qui en cachent d’autres.

Tout cela perdure aussi en raison de l’indifférence générale, indifférence qui repose à son tour sur le fait que beaucoup estiment qu’il n’est pas si grave de mal écrire. Bof, pourvu qu’on se comprenne...

Il est là, le plus pernicieux des problèmes.

Les données dévoilées par La Presse sur la piètre qualité du français de beaucoup de futurs enseignants délient les langues.

De ces témoignages sidérants, il ressort qu’il est trop court de blâmer ces jeunes qui ne savent toujours pas écrire après 17 ans de scolarité (donc à la fin du 1er cycle universitaire).

Certes, si les mots veulent encore dire quelque chose, ces candidats au métier d’enseignant qui échouent à répétition le test exigé pour obtenir le brevet sont des cancres.

Désolé, mais c’est ça qui est ça, et je me fous totalement de leur faire de la « grosse pepeine ».

Mais ces cancres sont les produits d’un système.

Et ce système est lui-même le produit d’une combinaison d’indifférence de la population, des gouvernements et des cadres scolaires, et d’un ragoût de pseudoscience et d’idéologie chez beaucoup de formateurs des futurs enseignants.

Beaucoup de gens s’en foutent parce qu’un analphabète fonctionnel peut gagner sa vie.

Les gouvernements s’en foutent parce que la population s’en fout : il n’y a donc pas de votes à gagner ou à perdre sur cette question.

Les cadres scolaires s’en foutent parce que leur vrai souci, c’est d’atteindre les cibles de diplomation fixées par le gouvernement... et tous les moyens sont bons.

L’incurie perdure au sein des facultés d’éducation... parce que des tas d’aberrations passent sous le radar dans l’université contemporaine.

Il s’en trouve pour dire que l’examen pour obtenir le brevet d’enseignement est difficile.

Dans La Presse d’hier, une authentique spécialiste, la didacticienne Suzanne-G. Chartrand, trouve au contraire qu’il vérifie la maîtrise du « minimum acceptable ».

On demande, par exemple, d’identifier le problème dans l’expression « le livre que je te parle » ! Difficile ?

D’autres notent que la langue française est plus complexe que l’anglais ou l’espagnol, ce qui n’est pas faux.

Mais les tests ne demandent pas aux futurs enseignants de nous montrer qu’ils écrivent comme Flaubert ou qu’ils maîtrisent l’imparfait du subjonctif.

Quant aux examens de français de la fin du secondaire et du collégial, ils sont qualifiés par Mme Chartrand de « passoires » pouvant être réussis par des « analphabètes fonctionnels ».

Ultimement, la responsabilité est politique.

Pourtant, combien de fois le sujet a-t-il été soulevé à l’Assemblée nationale, où l’on ne se soucie que du béton et de la qualité de l’air ? Sujets certes importants, mais...

Effort ???

Dans Le Devoir de samedi, Isabelle Morissette, professeure de littérature au collégial, notait que cette catastrophe est surtout le résultat de cette idéologie funeste selon laquelle il faut toujours adapter l’école à la « réalité » des élèves.

Elle résumait superbement :

« Cet univers scolaire où règnent l’empathie, l’écoute et les accommodements a pour résultat paradoxal de produire des êtres centrés sur leurs besoins et incapables de concentration ou d’intérêt dès que l’exercice demandé exige de sortir de sa zone de confort. Ce n’est plus à l’élève de s’approprier une matière, mais à la matière de venir à lui, annihilant le sens même de la notion d’effort. »

Voilà, tout est dit.

https://www.journaldemontreal.com/2021/06/01/francais-des-futurs-profs-pauvres-enfants
https://www.journaldemontreal.com/2021/06/03/francais-des-futurs-profs-pauvres-enfants-2


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Au Québec, on maltraite la langue française

(par Denise Bombardier)

Je ne suis pas à la mode de notre époque. Je ne truffe pas mes conversations d’anglicismes. Je ne dis pas « salle à dîner » (dining room) pour « salle à manger » et le « Bon matin ! » (Good morning!) m’écorche les oreilles. Autrement dit, je suis « baveuse », comme on dit, parce que je rétorque : « Vous voulez dire BONJOUR ? » « Ben, c’est pareil », me réplique-t-on souvent.

Eh bien, non. Parler un français calqué sur l’anglais, ce n’est pas parler français. La tendance à dire « çala », qu’on entend cent fois par jour, même dans la bouche de ceux qu’on désigne sous le nom d’élite, est généralisée. Le mot « çala » est devenu l’usage. Les linguistes qui n’échappent pas au discours idéologique rétorquent que l’usage généralisé d’un mot est une acquisition. Donc, la langue s’effiloche.

Est-ce normal que des professeurs d’université, qui possèdent plus de 17 ans de scolarité, massacrent le français pour faire « peuple » ? Où ont-ils réussi à traverser leur scolarité sans respecter les règles, sans connaître la grammaire et sans se soucier du vocabulaire indigent qui est le leur ?

Relâchement

Comment peut-on accepter que des enseignants pratiquent devant leurs élèves une langue relâchée, triviale, voire grossière ? Cela existe et ne soulève souvent que des réactions catastrophées des professeurs de français qui incarnent le dernier bastion de défenseurs de la langue dans le système d’éducation.

Je sympathise avec ces résistants qui dans un dernier recours demandent aux journalistes que nous sommes de les soutenir. Je reçois des témoignages émouvants d’enseignants tentés d’abandonner le métier qu’ils ont choisi par amour de la langue, mais toujours guidés par la mission de transmettre le désir de culture et de dépassement intellectuel aux jeunes.

Nous ne cessons de vanter la qualité de nos séries télévisées, qui n’ont rien à envier à celles dont on nous inonde les écrans à travers les Netflix et autres plateformes, qui imposent d’autres valeurs culturelles à la terre entière.

Cependant, dans un grand nombre de séries québécoises, la langue subit tous les outrages. C’est souvent une langue intraduisible, une langue clanique, truffée d’expressions vulgaires, où la syntaxe est éclatée, une langue qui n’est plus le français. Ni le joual, d’ailleurs, une langue qui violente le français. C’est une langue qui, à l’évidence, ne fait pas faiblir les cotes d’écoute, ce qui est le plus triste de l’affaire.

Indifférence

Non, le plus triste, c’est l’indifférence des Québécois à ce lent, mais inéluctable détachement collectif face à cet héritage des ancêtres venus au Nouveau Monde au dix-septième siècle.

Nous avons reçu du français, cette langue universelle, notre identité. Nous l’avons protégée des assauts des Anglais. Durant des siècles, c’est en français que nous avons bâti le pays, que nos écrivains et poètes ont raconté notre histoire, c’est en français que nous nous sommes aimés ou battus, que nous avons résisté, que nous avons prié, que nous nous sommes ouverts au monde.

Notre langue s’affaiblit. Peu de gens la chérissent de nos jours. En maltraitant le français, en en réduisant le vocabulaire, c’est nous-mêmes que nous rapetissons. Et ainsi, nous nous condamnons à bafouiller notre avenir incertain.

https://www.journaldemontreal.com/2021/03/09/au-quebec-on-maltraite-la-langue-francaise

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J’ai mal à mon français...

(par Pierre Cossette)

Les Québécois sont mal à l’aise avec leur langue. Pour différentes raisons, ils ne la parlent pas bien et la malmènent encore plus à l’écrit. De façon générale, ils en souffrent, plus ou moins secrètement. Ils affirment pourtant tenir à leur langue et souhaiter qu’elle soit parlée par le plus grand nombre. Mais ils n’en prennent pas soin et valorisent peu sa qualité.

Plusieurs Québécois sont aujourd’hui incapables d’exprimer leurs idées autrement que dans des phrases mal construites, manquant de clarté et truffées d’anglicismes. Quant à l’orthographe, tant d’usage que grammaticale, là on assiste à un véritable massacre de la langue française.

Il n’est pas étonnant que les Québécois, peu fiers de la maîtrise qu’ils ont de leur langue, hésitent à se porter à sa défense. L’écrivain et réalisateur québécois Paul Legendre ne se trompait pas lorsqu’il affirmait ceci : « Quand on la parle mal, on n’a pas le goût de défendre sa langue. On ne défend pas ce dont on a honte. » L’amélioration de la qualité du français constitue peut-être le plus grand défi à relever pour l’avenir du français au Québec.

Vocabulaire riche

Pas besoin d’être un expert en linguistique pour reconnaître qu’une langue fournit à la fois les mots et des « connecteurs » (cependant, et, ou, bien que, au contraire, parce que, par conséquent, etc.) pour les relier entre eux ou pour passer d’une phrase à une autre afin de donner un fil conducteur à ses idées. C’est à partir de ces mots et connecteurs que chacun peut se représenter la réalité et communiquer avec les autres. Ils sont donc essentiels à la fois pour penser (c’est-à-dire pour explorer ses idées, pour les mettre au point, pour les clarifier, etc.), mais aussi, évidemment, pour exprimer ce qu’ils pensent, autant à l’oral qu’à l’écrit.

Ainsi, d’une part, si notre vocabulaire est riche et si les mots que l’on emploie sont diversifiés, justes et précis (p. ex., ce qui est en vente n’est pas nécessairement en solde), et d’autre part, si on structure bien la présentation de nos idées en employant des connecteurs qui sont appropriés (p. ex., par contre ne signifie pas la même chose que par ailleurs), sans oublier la ponctuation qui convient, on améliore à la fois notre façon de penser et notre façon de communiquer. Pour le plus grand bien de nos idées... Ce que l’on dit et écrit devient alors plus clair et plus facile à comprendre, autant pour nous-mêmes que pour ceux qui nous écoutent ou nous lisent.

Il faut aimer notre langue

Sans chercher à distribuer les blâmes, il faut reconnaître qu’il y a un problème et que la plus grande menace qui pèse probablement sur l’avenir du français au Québec vient de sa mauvaise qualité. Si nous voulons que le français vive ou se répande davantage au Québec, il faut l’aimer ou le respecter encore plus. En d’autres mots, il faut mieux le parler et l’écrire, sans rejeter les expressions savoureuses et les façons colorées de dire les choses qui caractérisent la parlure québécoise. Elle le mérite bien.

Pierre Cossette
Professeur retraité de l'Université de Montréal
ESG UQAM

https://www.journaldemontreal.com/2020/11/13/jai-mal-a-mon-francais