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Extrait du journal de Rose - Samedi 17 avril 1870

[... Le lendemain du jour où Jane a bousculé Mellie McGill afin de défendre son amie Catja que Mellie harcelait, j'ai reçu un mot de Madame McGill dans lequel celle-ci me disait qu'elle ne pouvait plus tolérer ma préférence marquée pour certains élèves au détriment de sa fille, et que j'allais devoir en répondre au conseil de l'école auprès duquel elle venait de se plaindre officiellement.

Cela m'a à demi inquiétée seulement car le conseil est constitué en grande partie de parents d'élèves, or, non seulement je sais que les parents sont généralement contents de mon travail d'institutrice, mais je sais aussi que tous les enfants venant à l'école ont eu  pâtir du comportement de Mellie un jour ou l'autre, et s'en sont plaint à leurs parents. De ce fait, le conseil allaient évidemment savoir que cette histoire entre les enfants ne m'incombait pas, et que le fait que j'ai sévèrement punie Jane pour son geste aurait du clore l'événement.

Le conseil s'est réuni hier soir, et ce matin j'ai reçu un mot de Monsieur McGill qui m'annonçait qu'il passerait me rendre visite à la maison dans l'après-midi avec son épouse. Le mot était gentil et chaleureux, comme l'est toujours notre maire lorsqu'il me parle ; mon père était son associé dans leur entreprise de bois et construction, et il m'a connue tout petite fille.

Lorsqu'ils sont arrivés, je les ai reçus au salon.

Contrairement à Monsieur McGill qui s'était assis immédiatement avec un décontraction et sourire, Madame McGill, elle, paraissait visiblement contrariée et ne semblait pas pressée de s'asseoir, préférant observer les aquarelles de ma mère exposées au mur.

Lorsque Adrienne a apporté le plateau chargé du thé, elle l'a observée et à dit :

- Je vois que vous avez bien formé votre domestique, elle a du style.

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J'étais outrée qu'elle cherche ainsi à rabaisser mon amie, alors qu'elle sait très bien ce qu'Adrienne fait dans ma maison depuis qu'elle s'est fait renvoyer du magasin général parce que certaines personnes du village refusaient d'être servies par une femme noire. Et j'ai répondu froidement :

- Adrienne n'est pas ma domestique, mais mon amie, à qui je fais toute confiance, et à qui je confie mon enfant lorsque je travaille. C'est uniquement par gentillesse qu'elle a apporté le plateau du thé, afin que je n'ai pas à aller le chercher à la cuisine, lui ai-je aussitôt répondu.

- Ah ! mais c'est très bien ainsi, si cela vous convient, a rétorqué Madame McGill d'un ton narquois.

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Adrienne nous a laissés seuls après m'avoir lancé un bref sourire de connivence.

- Viens donc enfin t'asseoir, le thé va refroidir, a dit son mari.

Madame McGill a levé le menton d'un air offusqué et s'est avancée vers la table... mais elle s'est pris le pied dans le tapis.

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Et elle s'est retrouvée étalée sur le plancher, nous offrant une vue sur ses jupons !

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Je l'ai aidée à se relever, et elle est allée s'installer à la table, le nez tourné ers le mur, s'absorbant dans la contemplation des aquarelles pendant que son mari m'expliquait que sa plus jeune fille Léna lui avait raconté pourquoi Jane était intervenue énergiquement auprès de Mellie, et que suite à cet éclaircissement, 'il avait donc annoncé au conseil qu'il n'y avait aucun autre problème que celui du comportement de sa propre fille.

J'ai pleinement compris ce qui contrariait Madame McGill quand il a ajouté :

- Je vous prie d'être extrêmement ferme avec Mellie car je ne peux pas tolérer qu'elle devienne impertinente et arrogante ; surtout si cela doit donner le mauvais exemple à notre plus jeune fille. C'est une enfant intelligente, mais faut absolument lui montrer les limites qu'elle ne doit pas franchir, et malheureusement, il semble que personne ne les lui montre à la maison.

- Je vous le promets, lui ai-répondu. C'est une enfant intelligente et volontaire qui n'a pas envie de travailler à l'école, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour l'inciter à mieux étudier, mais il faudra m'appuyer, sinon cela ne servira à rien. 

- Aucun souci pour cela, je vous appuierai autant qu'il le faudra, me confirma-t-il. Et bien, ce problème est réglé ; passons au thé maintenant !

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À ce moment là, Madame McGill s'est tournée vers moi et a déclaré :

- Il y a un autre sujet dont nous voulions vous entretenir, il s'agit de votre autre amie, la couturière.

Monsieur McGill l'a regardée et lui a dit :

- Non Harriette, c'est toi qui voulais en parler à Rose, ce n'est pas moi car j'estime que cela ne me regarde pas !

Madame McGill a reniflé d'un air irrité et a attaqué :

- Vous n'êtes pas sans savoir que mon frère, le Docteur Evans, s'est entiché de la couturière qui vit chez vous.

- En effet, je ne pense pas trahir de secret en vous disant qu'il semble bien que mon amie Joséphine et votre frère John éprouvent un certain attachement l'un envers l'autre, lui ai-je confirmé avec précaution.

- Et bien j'espère que cela va cesser rapidement ; vous comprendrez  sans peine qu'un Evans, médecin de surcroit, ne peut en aucun cas s'unir avec une couturière sans famille dont on ne connait même pas l'origine, répliqua-t-elle d'un ton supérieur et péremptoire.

- Madame, quant aux origines de mon amie Joséphine Beauvilliers, je peux vous les dévoiler sans risquer de compromettre de secret : elle est la fille de Enriqueta Isabel Aragón-Córdoba y Maura, une demoiselle de la haute noblesse espagnole qui a suivi Eugénie de Montijo à la cour de France lorsqu'elle est devenue impératrice des Français en épousant Napoléon III ; son père naturel est le Comte Charles-François de Beauvilliers, duc de Saint Aignan, qui lui a fait avoir la meilleure éducation. Je pense donc qu'il n'y a rien en elle qui puisse être dévalorisant pour la famille Evans ! ai-je expliqué avec force.

- Tu vois, Harriette, tout est réglé. Je t'avais bien dit que Rose ne pouvait avoir que des relations convenables, et que John était un garçon suffisamment raisonnable pour ne pas avoir un penchant pour une femme qui ne le mérite pas, s'exclama Monsieur McGill.

- Ah, mais il n'en reste pas moins que c'est une catholique, une union entre eux est donc impossible ! riposta-t-elle sèchement et d'un ton méprisant.

- Madame McGill, je vous rappellerais gentiment que je suis également catholique ; et j'ajouterais qu'il doit y avoir sans le moindre doute une possibilité pour s'accorder, dans la mesure où nous avons le même Dieu, même si nous n'allons pas le louer dans le même bâtiment ! observais-je ironiquement.

- Allons Harriette, cela suffit maintenant, mêle toi de tes affaires, et laisse ton frère s'occuper des siennes, a coupé Monsieur McGill avant que son épouse ne puisse répliquer. Et maintenant, dégustons ce thé dont le fumet me fait envie depuis tout à l'heure !

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Le brave homme a entretenu la conversation de manière légère tout le temps que nous prenions le thé, me rappelant certains événements amusants de sa collaboration avec mon père. Puis il m'a demandé si je n'étais toujours pas décidée à lui revendre les parts d'actions de son entreprise que j'ai héritée de mon père ; je lui ai confirmé que non, puisque la moitié ferait partie de la dot de ma soeur lorsqu'elle se marierait, et que j'offrirai l'autre moitié à mon frère lors de sa majorité.

- Et bien, je pense qu'ils auront un beau cadeau car depuis que j'ai pris un nouvel associé pour remplacer votre pauvre père, les affaires sont reparties plus fort que jamais. Vous avez un grand coeur Rose : vous auriez pu me revendre ces parts et avoir les moyens de vous offrir une vie plus confortable depuis le décès de votre époux, mais vous préférez les offrir à votre soeur et à votre frère ; je vous admire, toutes les femmes ne sont pas comme vous, s'exclama-t-il.

- Il n'y a pas de quoi  m'admirer, lui ai dit, nous vivons très bien malgré tout, entourés de nos amis Adrienne, Joséphine et la famille Andersen ; nous ne faisons pas de folies, mais nous avons de quoi être heureux, cela nous suffit tout à fait.

Il eut un petit sourire amical, puis regarda sa femme et lui proposa de rentrer chez eux, ce qu'elle accepta aussitôt, visiblement pressée de quitter ma maison !

J'espère qu'elle va arrêter de se plaindre à chaque fois que je punis Mellie maintenant ; et j'espère aussi qu'elle va laisser son frère tranquille afin que Joséphine et lui puissent être heureux.

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Bon jeudi :-)

♥♥♥