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Parmi ma petite cinquantaine de poupées American Girl, il y en a 3 qui sont mes favorites.

Tout d'abord, il y a Rose-Marie, que vous connaissez plus sous le nom de Rose.

Puis il y a Belle, ma "mini-moi"

Et pour finir, il y a Naomie-Nïbin Blackburn, une jeune fille de 18 ans, d'origine amérindienne, elle étudie le cursus du baccalauréat en droit à l'université de Sherbrooke (ICI). Très fière de ses origines, elle milite activement pour le droit des femmes autochtones (c'est ainsi qu'on appelle les amérindiens au Québec). Précision : Nïbin veut dire "c'est l'été", en algonquin.

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Alors, pour bien marque ses origines, je lui ai tricoté un pull aux motifs rappelant les dessins traditionnels amérindiens, et je lui ai fait un sac dans le même esprit.

Et je lui ai même mis mes plumes-bijoux préférées, celles en émail cloisonné !

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Vous connaissez déjà son frère, Louis-Waban Blackburn, le petit ami de Marianne la rousse, mes étudiants en environnement.

WABAN

 Mais vous connaissez aussi leurs ancêtres d'il y a 6 générations :

Parle avec le vent :

PARLE AVEC LE VENT

et sa fille, Lumière du matin :

Étoile du matin

 elle-même mère de Soleil d'automne et Pluie de printemps :

PLUIE DE PRINTEMPS

SOLEIL D'AUTOMNE

Ces 6 personnages sont tous des poupées American Girl du modèle Kaya, mais ils sont tous légèrement différents.

C'est vraiment ce que j'apprécie dans ces poupées, bien que considérées comme "fabriquées en grandes séries", elles ne se ressemblent pas de manière parfaitement identique. Et c'est pareil pour les autres modèles dont j'ai plusieurs versions, pas seulement pour mes Kaya.

Je lui ai fait faire une petite séance de photo en extérieur lors d'une sortie-courses à Sherbrooke :

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Pour en revenir à la raison de son militantisme, c'est le mépris envers les femmes autochtones qui est en cause au Canada.

Pour deux raisons.

La première, c'est que si un homme indien se marie avec une femme non indienne, leurs enfants auront la reconnaissance du statut d'indien par le gouvernement.... mais si une femme indienne se marie avec un homme non indien, elle pert son statut et ses enfants n'y ont pas droit !!!

https://ciddhu.uqam.ca/fichier/document/femmes-autochtones-au-canada_fr.pdf

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1147517/femmes-autochtones-statut-transmission-droits-descendance-loi-indien

La seconde, c'est que plus de 1000 femmes autochtones ont été victimes de meurtres ou on disparu, et ceci dans l'indifférence quasi totale du gourvernement encore :

https://www.ababord.org/Le-Canada-abandonne-les-femmes

Entre 1980 et 2012, selon les chiffres de la Gendarmerie royale du Canada, 1181 cas de meurtres et de disparitions d'Amérindiennes canadiennes ont été déclarés à la police. Proportionnellement, c'est comme si 55.000 Françaises avaient été assassinées ou s'étaient volatilisées, dans l'indifférence quasi générale.

Aujourd'hui, les femmes autochtones –c'est-à-dire les Premières Nations, les Métis et les Inuits– représentent 24% des victimes d'homicides alors qu'elles ne constituent que 4% de la population féminine du Canada. En clair, elles sont 12 fois plus susceptibles d'être assassinées ou portées disparues que toute autre femme au Canada, et 16 fois plus que les femmes blanches.

Une commission d'enquête nationale a mis plusieurs mois pour rendre finalement, le 3 juin 2019, un rapport d'enquête nationale consacrée aux femmes et aux filles autochtones disparues ou assassinées au Canada. 

Dès sa publication, le rapport, intitulé Réclamer notre pouvoir et notre place, a suscité une vague de polémiques. En cause, l'utilisation par le document du terme «génocide», martelé 122 fois aux côtés des mots «colonisation», «meurtre» et «viol». 

Le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, s'est alors montré frileux à l'idée de reprendre ce terme à son compte, préférant plutôt parler de «génocide culturel» !!

Catherine Flynn, professeure associée à l'Université du Québec à Rimouski qui a travaillé sur les violences faites aux femmes autochtones, le confirme: «Il est impossible d'en parler sans aborder le contexte colonialiste dans lequel les femmes ont vécu et continuent de vivre, notamment avec les écoles résidentielles.»

Les écoles résidentielles, ce sont les pensionnats autochtones, des écoles religieuses financées par l'État, créées pour assimiler les enfants autochtones dans la culture eurocanadienne (canadienne d'ascendance européenne). L'objectif affiché était clair, il s'agissait de «tuer l'Indien dans l'enfant».

https://www.cliquezjustice.ca/dossiers-speciaux/pensionnats-autochtones-150-ans-d-injustice-a-reparer

À partir des années 1830, environ 150.000 enfants ont été arrachés à l'âge de 3 ans à leurs familles pour être éduqués selon les dogmes chrétiens. Il leur était interdit de parler leur langue, on les lavait même à l'eau de Javel pour blanchir leur peau. Les sévices et agressions sexuelles étaient courantes et plus de 4.000 enfants y sont morts.

Ces pensionnats ne sont pas de l'histoire ancienne: le dernier a fermé ses portes en 1996. Si les gouvernements successifs ont présenté leurs excuses, les conséquences dévastatrices de ces écoles se font toujours sentir chez les survivants et leurs descendants.

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/723529/pensionnats-autochtones-genocide-culturel-selon-commission-verite-reconciliation

«Dépassés par cet héritage, nombre d'entre eux ont succombé au désespoir et à la dépression. De nombreuses vies ont été perdues dans l'abus d'alcool et de drogues», lit-on dans le rapport de la Commission de vérité et réconciliation de 2015.  Ces traumatismes peuvent expliquer que des autochtones en arrivent à reproduire les violences qu'ils ont subies.

Certains Canadiens sont d'ailleurs tentés de rejeter la responsabilité des violences infligées aux femmes autochtones sur les hommes de leur communauté et leurs comportements à risque. Or, selon l'Institut national de la santé publique, ces comportements «sont plutôt le reflet de bouleversements identitaires engendrés notamment par les pensionnats ».

Ils sont aussi la conséquence «de la détresse occasionnée par les conditions de vie défavorables: pauvreté, surpeuplement des logements, faible accès à l'emploi et à l'éducation, etc dans les réserves ».

Pour échapper à cette violence, les jeunes femmes quittent leur communauté et se retrouvent dans les villes où certaines sont exploitées sexuellement ou deviennent sans-abri. C'est alors un autre type de violence, extérieure à leur communauté cette fois, qui s'abat sur elles.

Les femmes autochtones se situent donc à la croisée de plusieurs discriminations : elles sont violentées car :

1) elles sont des femmes,

2) elles ne sont pas blanches

3) elles sont pauvres.

Et personne ne fait rien, ou presque. c'est comme si l'État accordait moins de valeur à la vie de ces femmes.

Je pense que vous me sentez un peu énervée là ! non seulement en temps qu'épouse d'un métis, mais aussi parce que j'ai participé à faire circuler des pétitions et réclamations pour le droit des femmes autochtones pendant des années, et la révolte que je sentais en moi à l'époque se regonfle à chaque fois que je pense à ça.

Voilà pourquoi la jolie Naomie milite.... 

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Bon mercredi :-)

♥♥♥